Robyn Orlin

Née en 1955 à Johannesburg, Robyn Orlin a suivi les cours à la London School of Contemporary Dance de 1975 à 1980, puis ceux de la School of the Art Institute of Chicago de 1990 à 1995, où elle obtient un master. Elle a présenté sa première performance à Johannesburg en 1980. Surnommée en Afrique du Sud “ l’irritation permanente ”, elle relève, à travers son oeuvre, la réalité difficile et complexe de son pays. Elle y intègre diverses expressions artistiques (texte, vidéo, arts plastiques…), afin d’explorer une certaine théâtralité qui se reflète dans son vocabulaire chorégraphique. On lui doit notamment Naked on a goat (1996), Orpheus… I mean Euridice… I mean the natural history of a chorus girl (1998), qui a obtenu le prix FNB Vita. Daddy, I’ve seen this piece six times before and I still don’t know why they’re hurting each other (1999) qui a obtenu le Laurence Olivier Award de la réalisation la plus marquante de l’année et We must eat our suckers with the wrappers on, pièce sur les ravages du SIDA en Afrique du Sud.

De septembre 2005 à la fin 2007 Robyn Orlin a été accueillie en résidence au Centre National de la Danse de Pantin. Elle a mis en scène L’Allegro, il penseroso ed il moderato de Haendel à l’Opéra national de Paris, dont la première a eu lieu le 23 avril 2007.
Dressed to kill… killed to dress … pour des Swenkas sud-africains, a été créée en février 2008 au Festival Dance Umbrella de Johannesburg et a été présenté en tournée européenne (Paris, Liège, Luxembourg, Bruxelles, Vienne …). Robyn a créé une mise en scène de Porgy & Bess à l’Opéra Comique à Paris en juin 2008. Walking next to our shoes… intoxicated by strawberries and cream, we enter continents without knocking… met en scène les chanteurs de la chorale Phuphuma Love Minus et a été créée en février 2009 au festival Dance Umbrella de Johannesburg et reprise dans le cadre du Festival Banlieues Bleues au Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis. En septembre 2009 Robyn Orlin a créé une pièce au Louvre, avec huit gardiens du musée : Babysitting Petit Louis. En 2010 elle crée un solo avec le danseur de hip-hop Ibrahim Sissoko : Call it… kissed by the sun… better still the revenge of geography et reprend Daddy… au festival Les Hivernales à Avignon et à la Grande Halle de la Villette à Paris. Elle créera en novembre 2011 une pièce sur Sara Baartman la Venus noire, … have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ? au Grand Théâtre du Luxembourg. La pièce sera ensuite en tournée en Europe.

C’est en co-production avec l’INA et ARTE qu’elle a réalisé en octobre 2004 son premier film Histoires cachées, sales histoires.

En 1999, elle a obtenu le troisième prix aux Rencontres chorégraphiques de l’Afrique, et en 2000 le prix Jan Fabre de l’oeuvre la plus subversive aux Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis. Robyn Orlin a été nommée Chevalier dans l’Ordre National du Mérite le 28 février 2009 par Denis Pietton, Ambassadeur de France, à Johannesburg.

Ni noir ni blanc, arc-en-ciel, surnommée “irritation permanente” dans son pays, Robyn Orlin a l’art de poser des questions à partir d’une thématique précise offerte à des partenaires. Elle tisse ensuite leurs propositions aux idées que lui souffle son imagination visuelle et sans préjugés de genres, avant de bâtir et de colorier le tout à sa façon. Qu’elle explore le double impérialisme du ballet (néo-colonialisme de la culture occidentale et prééminence dans la vision institutionnelle) ou les ravages du SIDA, elle mêle étroitement sur scène le texte, plus ou moins improvisé, la vidéo en direct, une certaine esthétique pop… Elle est en effet incapable de se laisser enfermer dans les limites d’une forme unique et préfère exposer les couches ou les facettes multiples d’un même sujet dans diverses formes.

De ces univers réunis éclatent la richesse des sens et/ou l’émotion, sous des titres oscillant du monologue intérieur au slogan. Exemple ? “À défaut de changer le monde, changez de rideaux” ! Autre spécialité : briser la frontalité et envahir l’espace du spectateur. Premier pas vers la lutte contre les certitudes et les idées reçues ? La première fois qu’elle s’est présentée en France, en 1999, Daddy… a répandu une bouffée d’air frais ravageuse dans le paysage actuel. D’où l’effet de surprise asséné par We must eat… En combinant l’interpellation politique, la poésie des images et des mots simples et solides, la vigueur et la spontanéité de l’interprétation, c’est l’émotion qu’elle convoque au rendez-vous avec ce tableau vivant des grandeur et misère de l’espèce humaine.

DENISE LUCCIONI